CM du 28 avril 2014 Proposition de dénomination d’une impasse (?!!) au nom de R DIESTE

A peine élu, le maire s’empresse de dénommer une impasse (tout un symbole) au nom de Raymond DIESTE. Un hommage qui a le goût du mépris pour cet homme, maire bâtisseur, artisan du programme de rénovation du centre ville d’Oloron de 1983 à 2001.

« Laissez-moi trois ou quatre minutes pour vous parler d’un vieux monsieur qui est décédé il y a deux ou trois ans. Beaucoup parmi vous ne l’ont pas connu, mais certains l’ont bien connu.  À celles et ceux qui l’ont connu, et qui l’ont même parfois combattu, à celles et ceux qui ne l’ont pas connu, je voudrais dire que Raymond DIESTE était, nous nous en souvenons tous, et vous aussi, une voix de gauche, mais avant tout une belle voix, distincte, déterminée, mûrie par l’expérience et mûrie aussi par les difficultés qui ne lui ont pas été épargnées.
Les difficultés ont jalonné tout le parcours de cet homme depuis sa petite enfance, pendant son adolescence à 14 ans, il était ouvrier manœuvre dans les chantiers hydro-électriques de nos montagnes. C’est sans doute ce moment de sa vie qui détermina son idéal et aussi son exigence, vous vous rappelez de lui pour certains d’entre vous, en matière de justice sociale. Sa trajectoire a été claire, limpide, elle a été faite d’engagements, de lutte, sans jamais chercher à retirer d’avantages personnels de ces combats.
Cette voix-là nous ramenait surtout et c’est précieux par les temps qui courent au bon rythme de ceux qui ne sont dictés que par la satisfaction immédiate du besoin exprimé. Elle proclamait l’évidence de l’intérêt général, d’aucuns se prévalaient de dire qu’il disait toujours non. J’en fais un peu partie car il était rare qu’il dise oui d’entrée, mais il n’a pas dit que non dans sa vie, il a souvent dit oui. Vous parliez de crèches tout à l’heure.

  • Il a dit oui à la construction de la première crèche d’Oloron Sainte-Marie en 1983 et beaucoup n’en avaient pas fait autant à cette époque-là.
  • La même année, il a dit oui au lotissement de Bitète. Vous voyez que les choses mettent du temps à se mettre en place. Il a dit oui au PLH qui avait permis de réhabiliter 236 logements locatifs.
  • La même année il avait dit oui, d’ailleurs Jean-Etienne était de la partie, au parcours de Saint-Pée fréquenté maintenant par des centaines de personnes tous les week-ends.
  • Il avait dit oui au rachat de la piscine de Pondeilh. Ce n’était pas évident à l’époque, contre tout un quartier, que de racheter cette piscine de Pondeilh. Mais c’était le prix à payer en disant non, choisir c’est renoncer et c’était, en tous les cas, ce qui était nécessaire pour la construction du nouveau centre nautique.
  • Il a dit oui à la zone artisanale qui est en train d’être réhabilitée.
  • Il a dit oui à l’extension du lycée du 4 septembre. À l’époque, il a facilité aussi la création du lycée agricole de Soeix.
  • Il a dit oui aussi à la réalisation du nouveau pont sur la voie ferrée pour contourner la ville. C’était en 1987. Il y a longtemps, certains n’étaient pas nés.
  • La même année on voyait la création de la pépinière d’entreprises.
  • Il avait contribué également à sécuriser tout le quartier de la Fraternité pour sécuriser le parcours des enfants de l’école voisine avec un soin particulier apporté à son aménagement et la constitution de réserves foncières qui ont permis d’accueillir des entreprises, des lycées professionnels, le lycée Guynemer tout neuf en 1991 et vous étiez à cette inauguration.
  • La même année, le camping a été modernisé et agrandi, le mur d’escalade prenait de l’ampleur, sans oublier la construction de l’écrêteur de crues qui protège désormais Agnos, Oloron Sainte-Marie et Moumour.
  • Il avait dit oui à la construction du gymnase Scohy et à la restructuration du collège des Cordeliers dans le quartier de Sainte-Croix qu’il aimait tant.
  • Il avait dit oui aussi à l’aménagement du pôle administratif.
  • Il avait dit oui à la création de la salle de la Chapelle qui était le prélude de l’aventure culturelle qui se déploie maintenant à la salle de spectacle de Jéliote dont il avait posé la première pierre juste avant son départ de la mairie.
  • À la même époque et sous le feu de critiques d’ailleurs injustes, les bords du gave avaient été aménagés, à cet endroit même où désormais tant de fêtes ont lieu et tant de personnes vont se promener, je pense notamment au festival des Rives et des Notes.

C’était quelqu’un qui ne faisait pas les choses à moitié. Raymond DIESTE savait d’où il venait. C’est pour cela qu’il savait où il allait certainement avec détermination. Il venait du peuple, il s’y trouvait à l’aise et en comprenait le langage et la subtilité et aussi l’intelligence. Il fut à l’époque, avant d’être maire d’Oloron Sainte-Marie, l’adjoint d’Henri Laclau et avec lui et d’autres amis, ils avaient construit tout l’ensemble Pondeilh, la coopérative basco béarnaise, le centre d’accueil des personnes âgées, le CAPA.
J’ai eu récemment encore une discussion avec Guy EBRARD qui fut député-maire de cette ville, je parle de temps immémoriaux pour certains d’entre vous et qui m’a tenu à l’égard de Raymond DIESTE des propos pleins de sensibilité, des mots qui traduisent l’estime réciproque entre ces deux hommes qui n’étaient pourtant pas d’accord sur tout, loin s’en faut.
Alors, vous nous dites vouloir mettre Raymond DIESTE à l’honneur et pour cela, vous proposez de lui dédier une impasse, à la périphérie de la Ville, Monsieur ROSENTHAL, dans un nouveau quartier près de Bidos où quelques maisons sortent actuellement du sol, près de la route qui mène à l’Espagne, la terre de ses ancêtres.
Vous avez été conseiller municipal, quand Raymond DIESTE était le maire de cette ville, vous l’avez combattu politiquement, puis, vous lui avez succédé démocratiquement. Il vous est arrivé, il n’y a pas si longtemps il y a trois semaines ici d’avoir à son égard et pour son action des propos reconnaissants. Je m’interroge sur la sincérité de ces propos apaisants, en constatant que, sous couvert de lui rendre hommage, un hommage de circonstance, vous proposez une impasse périphérique, uniquement bordée par quelques habitations pour honorer sa mémoire.
Je m’interroge, permettez-moi d’aller jusqu’au bout aussi sur votre démarche. Je recueille votre attention à tous, conseillers municipaux. Avez-vous seulement informé sa famille, ses amis, son fils ? Il me semble que non. Je me trompe ? Cela me paraît être pourtant la première des élégances et la précaution la plus élémentaire. Son fils vous dira ce qu’il en pense. C’est en fait un hommage en forme de mépris et j’en appelle à l’appréciation de plusieurs membres de cette assemblée, pas seulement dans les rangs de l’opposition, Daniel, André, Michel, pour vous demander de reconsidérer votre proposition ; ce type de reconnaissance mérite réflexion et concertation.
Nous avions, voici quelques mois, imaginé que puisse être associé à la mémoire de Raymond DIESTE un site emblématique de son action au service de la cité. Nous avions imaginé, mais sans concrétiser ce projet, puisque les élections approchaient que l’espace qui longe les berges du gave, cet espace dont l’aménagement fut tellement contesté, je le rappelle en 2002, cet espace qui est à présent tellement fréquenté, puisse porter en hommage le nom de celui qui l’a fait naître. De plus, la proximité de l’espace de commémoration de la République espagnole eût donné du sens à cette proposition. J’en appelle à vous, qui vous dites passionné par l’histoire avec un grand H, pour ne pas injurier l’histoire locale, pour ne pas transformer un hommage en outrage. C’est ainsi que serait ressenti au sein de sa famille, parmi ses amis également, parmi ceux qui l’ont accompagné, mais aussi parmi ceux qui l’ont combattu, la dénomination de cette impasse, Monsieur ROSENTHAL, vous savez où elle est, à laquelle il ne sera pas difficile de trouver un joli nom.
Je vous remercie de votre attention et vous demande de reconsidérer la délibération et de la retirer de l’ordre du jour. » 

 

CR du conseil municipal disponible sur Oloron, une autre voix.