Dernier hommage de Bernard UTHURRY à notre ami Robert BAREILLE

Cécile, Laurence, Jacqueline, et tous les proches de Robert, ses petits enfants adorés, vous l’avez accompagné autant que vous pouviez le faire.

Maité, tu fus des derniers temps son émissaire, annonciatrice des nuages noirs qui barraient chaque jour un peu plus son horizon.

Anne, Robert parlait de toi comme parle un grand frère ; votre affiche lors des dernières élections législatives à l’occasion desquelles vous fîtes tandem illustre cette complicité.

Aurélie, tu dis que Robert fut un père pour toi en politique ; il avait assurément trouvé en toi la capacité de révolte et l’espièglerie qui ne l’avaient jamais quitté lui-même.

François MONCLA, l’illustre François MONCLA qui l’a accompagné ce matin occupait aussi dans l’immense réseau affectif de Robert une place de choix. Il était son ami et son maître, son maître et son ami comme le dit le chanteur. En syndicalisme et en politique avec toujours la référence au collectif qui pilotait ces deux rugbymen.

Robert a fait partager à beaucoup d’entre nous ses combats, ses idéaux et aussi des tranches de vie, des chansons, des danses, des repas.

Merci Madame la Présidente de l’Union Nationale des Centres Communaux d’Action Sociale d’être venue de Nice ou de Paris jusqu’à OLORON honorer votre volubile  vice président.

 Ce Little Big Man, – ce grand petit homme- pétit mais hardit, grand par le talent, la générosité, l’audace, la pugnacité, les convictions plutôt que les certitudes.

Grand aussi par le sens de l’amitié.

Robert conjuguait la hargne et le courage du talonneur qu’il fût a Guynemer avec la vista du ¾ centre qu’il devint et la coquinerie du ½ de mêlée qu’il aurait pu être, habile à la manœuvre et mettant au pas les costauds du pack qui le dépassait de deux têtes.

Robert restera dans nos cœurs comme le défenseur des opprimés, des gens de peu, des pas compris.

Parce qu’il considérait  comme l’écrivit Montaigne qu’une injustice faite à un ou à une seule est une menace faite à tous.

Tu évoquais parfois Robert la légende amérindienne du Colibri, légende popularisée par Pierre RABHI.

« Un jour, dit cette légende, il y eut un immense incendie dans la foret. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observent impuissants le désastre. Seul, le petit Colibri, un oiseau mouche minuscule, s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, l’un des animaux bien plus costaud que lui, agacé par cette agitation dérisoire lui dit : « ce n’est pas avec tes gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »  Le colibri lui rétorqua : « je le sais, mais je fais ma part »

Robert a accompli bien plus que la part du Colibri.

La Nature et l’Histoire ont semé bien des inégalités que Robert s’attachait à corriger, à atténuer.

En cette époque où la communication se substitue trop souvent à la réflexion, Robert BAREILLE a su conjuguer la Réflexion, puis l’action et le savoir faire avec la faire savoir.

L’art de la formule choisie et ciselée lui était naturel comme lorsqu’il imageait le service public de la Santé qu’il défendait avec ardeur en précisant qu’il préférait en la matière qu’on demande prioritairement aux malades leur carte verte plutôt que leur carte bleue.

La dernière conversation que j’ai eue avec lui, quelques heures avant que ne survienne le dernier choc post opératoire qui lui a été fatal, restera gravée dans mes pensées. Il me donnait rendez vous dans quelques semaines pour me faire part du point de vue des médecins qui, à son chevet, le renseignaient sur l’évolution de sa santé tout en lui donnant leur sentiment sur les aléas de forte intensité qui pèsent sur les hôpitaux de province.

Robert savait aussi profiter de la vie et il avait bien raison.

Toujours prêt à sortir ses souliers vernis pour aller danser au Tourbillon où il avait réinventé les bals du samedi après midi dans le but de rompre l’isolement et la solitude des personnes âgées.

Rappelez-vous, Robert, passionné par le chant lyrique qu’il travaillait assidûment avait osé donner un concert en la Cathédrale Sainte-Marie, comble pour la circonstance.

Son programme mêlant l’Ave Maria aux chansons de Léo Férré, dont l’affiche rouge d’après le poème d’Aragon, fit sourciller les prêtres tout récemment issus des dernières mutations épiscopales. 

Avec constance, originalité et respect, avec beaucoup d’humanité, de malice et d’humour, Robert est resté  fidèle à ses convictions de Gauche, fidèle au Parti Communiste.

Il n’avançait pas masqué ; c’est ce qui lui permettait de discuter avec tous, les yeux dans les yeux : de l’hôpital et de la maternité, des compteurs dit intelligents,  de l’accès à l’énergie, des services publics pour tous etc.

Je suis heureux que notre goût prononcé pour l’action publique nous ait permis de nous rencontrer il y a pas mal d’années et de devenir des amis.

Je me souviens de nos conversations  téléphoniques auxquelles seul  l’épuisement des batteries de nos téléphones pouvait mettre un terme.

Je me souviens comme beaucoup d’entre vous que discuter avec Robert c’était surtout écouter et tenter de se glisser dans la conversation à la faveur d’un silence qui venait rarement.

Nous en riions encore il y a peu de temps.

Je n’en ris pas aujourd’hui car ton silence me pèse déjà.

Au nom de celles et de ceux qui ont partagé avec toi réflexion, projets et action je te dis merci, merci pour tout.

Repose en paix camarade.

Ce fut un honneur et un privilège de t’avoir comme ami.